Je suis sur un nuage rose très kitsch, très guimauve et très douillet. Un instant volé au rythme quotidien, le temps d’un ou deux clignements d’yeux pour s’embrasser comme deux collégiens.  Les quelques marbrures de tristesse parent ce nuage plus qu’ils ne le défigurent. La tristesse de l’instant volé envolé, les chemins qui se séparent… et malgré tout l’allégresse de savoir qu’ils se rejoindront bientôt. Que vaudrait le bonheur s’il était éternel ? que serait l’amour s’il n’était toujours en danger ?

Les sens encore emplis de son parfum, de sa voix, du toucher de ses joues fraichement rasées, son « bon j’y vais parce que sinon… j’vais rater le train »,  je rentre seule chez moi. Avec en moi l’émotion d’un premier rendez-vous.

Pourtant la soirée n’avait pas franchement commencé comme ca. D’abord, il était prévu qu’on aille tous les deux à cette soirée. Ensuite, j’ai compris que la soirée se faisait dans une boite à Nuremberg, et que donc je devrai prendre la voiture, et que donc adieux vodkas, bières et cubas libres. Et puis ce soir, après m’être occupée des chevaux ce matin, après avoir rempli une remorque (un van pour 1 cheval) de copeaux de bois et passé l’après midi à Nuremberg pour du shopping (j’ai rien acheté pour moi, n’empêche, à part des poignées pour ma table de nuit…), ben moi, au retour, je me suis écroulée sur mon lit. Et j’ai dormi pendant que MonsieurChéri, l’endurance personnifiée, s’occupait des chevaux. Nan j’ai même pas honte. Presque.

Quoi qu’il en soit, et vu que j’ai recu la suite des bouquins de l’Assassin Royal, il était hors de question pour moi de ressortir ce soir. Voyons les choses en face, je serais bien sortie aussi, mais si c’est pour tanner MonsieurChéri dès 2h du mat’ pour qu’on rentre, parce que je suis crevée, qu’il fait trop chaud et irrespirable dans cette boite, qu’on peut même pas causer parce que la musique est trop forte, si bonne soit-elle, et que je m’emmerde (mais ca je le dis pas), c’est pas la peine.

Donc, mûe par ma grande sagesse, mon sens du dévouement et mon envie de me caler sous ma couette avec l’Assassin Royal mon bouquin, j’ai proposé à MonsieurChéri de l’emmener à la gare pour qu’il puisse, et après tout c’est bien normal, enfin se mettre une bonne cuite avec ses copains sans avoir sa mégère geignant derrière lui. Et une fois qu’il a accepté (le cher ange, il trouvait ca injuste de sortir alors que je reste seule à la maison), son cauchemard a commencé.

Je me suis transformée, en moins de temps qu’il faut pour le dire (beaucoup moins) en une espèce de monstre alliant à la fois les pires défauts d’une mère et ceux d’un bébé abandonné par ses parents. Comprenez :

« Bon, alors quand tu pars, quelque soit l’heure, hein, tu m’appelles, que je vienne te chercher à la gare. Et si tu trouves quelqu’un pour te ramener, tu me réveilles en allant te coucher, pour que je sache que tu es là et que tu vas bien. Bon, et ton nouveau portable, tu le laisses ici, tu n’emmenes que l’ancien. Et tu fais bien attention à tes lunettes, et tu surveilles ton porte-feuilles. Ben ? tu veux emporter ta veste toute neuve dans une boite de nuit pleine de gens saouls qui fument ? D’une il fera trop chaud, t’en aura pas besoin donc personne le pourra l’admirer, et de deux, ca serait dommage de l’abimer dès le premier jour… »
Véridique. Répétez ca 3 ou 4 fois en 2 heures, jusqu’à ce que MonsieurChéri finisse par éclater de rire dans la salle de bain où vous l’avez suivi, et vous réponde « Oui Maman ! » (en francais dans le texte).

Finalement j’ai fermé ma gueule, on a discuté d’autre chose, et comme on était bien trop en avance à la gare, ben on a passé le temps, voir plus haut.

Ca c’était le coté mère poule en furie qui panique de laisser son gamin rejoindre une bande de voyous dans un local enfumé et plein d’alcool. Sans parler du retour en train à une heure pas possible, alors que tous les pique-poquette et autres criminels rôdent partout.
Chuis pas prête pour être mère d’adolescent, moi.

Le coté gamine, j’ai préféré le garder pour moi. Cette sensation de vide, cette premiere nuit toute seule à la maison dans un lit qui parait si grand. Je crois que si j’avais pris de l’herbe-qui-fait-rire, j’aurais peur. Ou alors je dormirais comme une tombe. Oui, je sais, c’est presque plus débile que le trip de la mère poule. Mais que les esprits étroits se réconfortent, je ne fais ici qu’exacerber un sentiment ténu, qui me fait plus marrer qu’autre chose.

J’espere que MonsieurChéri va « laisser sortir le cochon », comme on dit ici, et qu’il se réveillera tard demain avec une gueule de bois pas possible et le sourire niais au lèvres de celui qui s’est défoulé.

Quant à moi je retourne à mon Assassin.